Sur la vieillesse et le fait qu’on ne cesse d’apprendre en peinture

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l’âge de cinquante ans, j’avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d’être compté. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait encore plus de progrès; à quatre-vingt dix ans, je pénètrerai le mystère des choses; à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j’aurai cent-dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. » 

Katsushika Hokusai

« Monsieur ! Vos photos, elles sont vivantes, toutes ! »

Bien qu’assez discret, en terme d’exposition, Bertrand Marignac y a toujours été gratifié de remarques touchantes, émouvantes dont il s’est senti extrêmement honoré. Après la projection de son travail sur les évènements de Roumanie, lors des R.I.P. d’Arles 90, la profession le surnomma « le nouvel H.C.B. » ce qu’il n’apprit, fort heureusement, que dix ans plus tard. L’impératrice Michiko du Japon, recevant un porte-folio de dix images de la série « Présence divine, divine présence », cadeau d’un collectionneur japonais, lui fit écrire : « …l’œuvre d’une grande âme ardente ! » Plus récemment, un ami, poète new-yorkais ayant cessé d’écrire depuis de longues années, fuyant sa gloire époque Factory, a repris la plume après avoir vu les séries « Le corps, message de l’univers » et « Mononoke, les petits esprits », ajoutant : « Ce sont des images qui soignent ! » Ces cadeaux ont donné, à ce chercheur assidu, la force de poursuivre.

Dans les coulisses des défilés parisiens, il guette la geste féminine, s’en souvient comme d’une danse partagée et y opte définitivement pour la présence, révélateur de l’âme : « Être ou paraître ». Formé, entre autres, par Guy Bourdin, il se serait volontiers engagé en photo-journalisme si, dans sa vision des années 80, ce métier n’avait été dépassé par l’ubiquité offerte par la  télévision. Donner de la profondeur aux photographies de mode semblait une solution ; la mondialisation de cette industrie conduisit naturellement au factuel : informer le consommateur.

Reste la nature et les messages qu’elle délivre à qui applique la trilogie : observer, regarder, voir. Scruter tous les détails pour observer les plus notables qui, passés au crible de l’expérience, de la culture, deviennent regards lesquels, parfois, rejoignent la métaphysique, l’ontologie de l’anthropologie, alors vient la vision dont l’accès se nomme lâcher-prise, porte du non-agir soit, centré, répondre sans délai aux inspirations : la photographie, la poésie… et celle de la vie, l’art.

Soutenu par 25 ans de pratique du tenshintaïdô d’Aoki Hiroyuki sensei dont les formes inscrivent ces valeurs en lui, Bertrand Marignac développe alors le « projet 3 » visant à faire apparaître l’Énergie qui tout uni : le ciel à la terre, l’âme au corps, les êtres entre eux et assure la cohésion de la matière. Cette énergie porte et révèle la mémoire, ou esprits, des cités comme des espaces vierges. Sa photographie s’approche d’un rêve de peintre qu’il devient prudemment mais avec hardiesse, définissant une expression accessible et bénéfique, que tous puissent s’approprier : « le pariétal contemporain ».